Agrima

Agrima


« J’ai besoin de ce pouvoir et toi seul peut me le procurer. Le désir est un sentiment qui ne m’a jamais effrayé ; je le vois comme une fin en soi et le mien doit être assouvi ! » –Agrima signant le pacte avec Palazür.

L’histoire du tyran sanguinaire nommée Agrima est parsemée de ténèbres et de haine. Autrefois homme de bien, Agrima Von Arius, dernier fils d’une famille modeste, rêvait de grands espaces et de gloire. Après une enfance passée à écumer les villes et les forêts, Agrima une fois sa majorité atteinte, se porta volontaire pour devenir garde du roi de la ville centrale de Gaïa, appelée Farödyl. Le roi de la cité nommé Röstagh, emprunt de sagesse et de puissance, s’était forgé une solide réputation dans la contrée, attisant bien entendu la convoitise et les complots des autres cités et régions avoisinantes. Présenté par son père grâce à ses loyaux services de soldat, le fils prodigue eut une place de choix dans la garde rapprochée du roi Röstagh, qui ne tarda pas à déceler chez le jeune Agrima des talents innés pour le combat. Calme et pragmatique, Agrima grimpa très vite les échelons pour devenir une des “mains” du roi, chargés de le protéger et d’effectuer diverses missions officieuses. Avec le temps, Agrima se montra comme le plus dévoué et fougueux homme du roi, qui décida de le promouvoir au rang ultime qu’un homme pouvait obtenir par son souverain, celui “d’ombre du roi”. Dès ce rang acquis, Agrima devint le plus proche garde de Röstagh, s’occupant personnellement de ses affaires et de diriger ses troupes. Il œuvra ainsi en tant que conseiller, soldat, garde et messager du roi pendant cinq ans. N’étant pas disposé à quitter son poste, Agrima élit domicile au sein du royaume, avec sa dulcinée et ses enfants. Pendant un temps, rien ne vint troubler le havre de paix dont jouissait le plus prometteur des hommes de Farödyl.

Un jour, alors que l’obscurité s’emparait des cieux, plusieurs hommes vinrent frapper à la porte d’Agrima, pour lui remettre un message de la plus haute importance de la part de son suzerain. Röstagh fit quérir Agrima pour une mission des plus importantes et cruciales de sa carrière. L’enjeu était de taille et l’éthique intervenait de manière cruciale dans cette mission. Agrima en tant qu’ombre du roi devait assassiner le roi Geövardas de Fleôrza, capitale de Gaïa à l’époque. Ne pouvant refuser sous peine de disgrâce et ayant juré fidélité au roi, Agrima s’inclina et accepta la mission aveuglément, du moins en apparence. Celui qui autrefois accepta de devenir l’ombre du roi ne put laisser échapper une once d’hésitation percer son âme. A l’époque des faits, Agrima n’avait pas de famille, ni de projets d’avenir liés à celle-ci. Nombreuses avait été les missions comprenant des assassinats et des combats périlleux, mais aucune d’entre elles jusqu’à maintenant n’avait amené Agrima à devoir mettre à bas un souverain, qui plus est innocent à sa connaissance. L’ombre du roi avait toujours agi avec parcimonie et réflexion pour le bien du royaume. Hors, cet ordre relevait d’une chose dont Agrima se sentait incapable, autant physiquement que mentalement. Abattu dans son âme et dévasté physiquement, il décida qu’il était temps. Il était temps pour lui de raccrocher, quitte à tomber en disgrâce. Peu importe le courroux des dieux et des hommes, peu importe le fait de devenir paria et de voir sa gloire d’antan sombrer dans les tréfonds de l’oubli, Agrima sut que cette mission serait sa dernière, pour le bien de sa famille. Après avoir pris connaissance des détails de sa mission, Agrima partit, sous le regard attristé de sa femme et de ses enfants. Arrivé aux abords de la cité des voleurs, Agrima dut se dissimuler parmi les malandrins. Vite aiguillé sur la route à suivre pour accéder au palais royal, l’ombre du roi hâta le pas, ayant quitté sa famille depuis déjà trois jours. Tapi sur le toit du palais en hauteur, Agrima dégaina son arme pour mettre fin aux jours du roi Geövardas. Tremblant de tous ses membres en voyant les jeunes enfants dormir avec leur père, l’ombre du roi ferma les yeux pour fermer son esprit à toute pensée néfaste à l’achèvement de sa mission. Elle l’attendait, là-bas au loin, sa propre famille, en proie au doute et à la fatalité. Le poignard transperça le poitrail du vieux roi, qui laissa échapper un murmure avant de partir pour de bon.

La mission terminée, Agrima sortit du palais discrètement et se dirigea vers son cheval pour retrouver sa liberté et entamer une nouvelle vie loin de toute cette violence. Arrivé à Farödyl, l’ombre du roi eut à peine le temps de descendre de sa monture que deux gardes l’emmenèrent au roi. Celui-ci dit à son bras droit que tout avait une fin et qu’il était temps pour lui d’arrêter. Agrima crut que l’opportunité pour lui de sortir de cette spirale se présentait d’elle-même, sans savoir que son destin était scellé. De retour chez lui, le père chercha des yeux sa femme et ses enfants. Ce qu’il vit le fit tressaillir et le mit à genoux. Ceux-ci gisaient là, à ses pieds, égorgés comme des animaux. Le père hurla, ivre de colère, et sortit de sa maison l’épée à la main réclamant la justice et le sang. Cinq soldats lui barrèrent la route armés de hallebardes. Désavantagé, l’ombre déchue du roi combattit avec férocité et tua trois hommes avant de se faire maîtriser. Les autorités de Fleôrza arrivèrent un jour plus tard, averties par le roi Röstagh. Tout devint clair comme de l’eau de roche. Le roi félon avait trahit l’homme en qui il avait le plus confiance. L’assassinat du roi Geövardas avait été orchestré par Röstagh pour prendre le dessus sur la capitale. Pour ne pas se faire accuser du meurtre à cause des tensions politiques bien présentes entre les deux cités, celui-ci avait envoyé son meilleur homme sur l’affaire, l’homme qui aurait accepté quoiqu’il en coûte, qui aurait laissé du sang sur ses mains pour que les siennes restent blanches comme neige. Toutes les traces d’un quelconque lien entre Röstagh et Agrima avaient été effacés pour que Fleôrza ne détecte aucune connivence entre l’ombre du roi et celui-ci. Le meurtre de sa famille passé sous silence, le sang du roi Geövardas sur les mains, Agrima fut accusé comme un simple vagabond de la mort du souverain de Fleôrza.

Enfermé à vie dans les geôles de la cité des voleurs et condamné à être torturé chaque jour jusqu’à son trépas, Agrima renia son humanité et jura qu’il reviendrait se venger. Pendant plusieurs années, le condamné fut brisé physiquement. Toutefois, son mental resta focalisé sur son unique objectif : tuer Röstagh. Alors que les mois passèrent, Agrima se mit à prier les dieux, à savoir un d’entre eux en particulier. Après plusieurs jours passés à méditer entre ses séances de torture, l’ombre déchue du roi sut que son heure était venue. Guidé et assisté par une force invisible, Agrima pu se libérer de ses chaînes et échapper à ses bourreaux pour repartir en terres de Farödyl.  Il éviscéra Röstagh et l’exhiba à la vue du peuple le jour levé. Ainsi, en l’an 319 pâc, Agrima s’auto-proclama souverain de Farödyl, qu’il rebaptisa “Agrima”. Après son accession au trône, Agrima entreprit une guerre sanglante, visant à conquérir les autres contrées. Toutes furent prises en trois ans, exceptée Spira. Alors qu’il s’apprêtait à attaquer cette contrée, un peuple inconnu composé de guerriers d’exception débarqua sur Spira, dirigé par un hôte Ërendyl nommé Sirion. Agrima fut contré pendant plusieurs années, sans pouvoir prendre l’ascendant sur son adversaire, qui détenait une puissance folle. Ne pouvant combattre les armées de Sirion dû au fait qu’il avait exterminé tous les hôtes des contrées conquises, Agrima implora le dieu qui l’avait sauvé de la mort des années auparavant de l’aider à nouveau. Ce dieu était Palazür. Il pactisa avec celui-ci, lui demandant des pouvoirs en échange de son âme. Appartenant à Palazür, à défaut de n’avoir plus rien à perdre, Agrima détenait des pouvoirs surhumains, capables de créer des armées démoniaques et de faire face aux pouvoirs des galadrims. Après des mois de batailles, Sirion arriva sur Agrima avec pour but de mettre un terme à ce conflit sanglant. La bataille fut rude et les deux ennemis se firent face avec férocité. De force équivalente, les deux rois se battirent pendant longtemps. Heureusement, Sirion triompha du tyran sanguinaire, qui bien que transpercé par celui-ci, eut le temps de voir son rival tomber sous une rafale de flèches. Avant de mourir, le roi sanguinaire jura que ses descendants combattraient les Vangelis pour l’éternité. Le corps d’Agrima fut transporté à sa cité et scellé dans les catacombes. Le conseil de la paix mis en place décida de laisser la femme d’Agrima au soin de régner le temps que les enfants du père décédé soient en âge de diriger.

Ainsi naquit la légende des Von Arius. Autrefois simple famille, ils restèrent au trône et marquèrent au fer rouge Cranä. La vérité concernant Agrima ne fut jamais éclaircie. Aucun de ses ennemis ne sut que celui-ci avait pactisé avec Palazür. N’étant pas mort grâce à ses pouvoirs et au bon vouloir de son maître et dieu, Agrima attendra le moment où l’on viendra déterrer ses ossements. Ayant sous tutelle un puissant silmérian à exploiter et possédant l’âme de celui-ci, Palazür pourrait bien avoir trouvé l’hôte parfait pour sa réincarnation.